De l’Aïoli sur mes gratons ! – (par Camille Salanson)

Comme je l’ai annoncé sur la page « A propos » du blog, certains articles seront signés de la plume de mes amis, rencontres, parents… Car j’ai envie parfois leur laisser la parole. Une petite poule, deux petites poules, trois petites poules pensent toutes que plus on est de poules, plus c’est chouette. A la condition bien sûr d’être dans le jus et d’être au diapason du poulailler!
Aujourd’hui c’est mon amie Camille ouvre la danse. Elle vous raconte comment Lyon et ses saucissons ont réussi à l’éloigner (des yeux, pas du coeur) de Marseille, sa ville d’amour.

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 « …d’ailleurs si t’as envie de publier un article ces temps-ci, tu me dis. C’est l’idée aussi que ce soit participatif » me lance ma copine Caro (je dis « copine » parce que ça fait plus « Petite Poule », mais c’est mon amie, en vrai. Vous n’auriez de toute manière pas tarder à le deviner…). L’échange se passe entre deux lignes de conversation furtive, dans cette fameuse fenêtre d’en bas à droite de nos écrans mutuels, qui s’ouvre de temps en temps pour que l’une rappelle à l’autre, et vice versa en fonction de qui sera la première, qu’on ne s’oublie pas, ni avec le temps, ni avec la distance.

Parce que oui, j’ai quitté mon sud natal il y a bientôt six années, en faisant cap (plus) au nord. C’est donc de ça dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui : on peut vivre heureux, même loin de ses racines sudistes, et de…Marseille. Et vous en parler via les « Petites Poules », c’est comme une évidence, ça prend tout son sens.

Parce qu’avec ce blog, Caroline s’est lancée, et elle a bien fait ! Parce que les « Petites Poules » ça nous parle à toutes, vu que c’est vous, c’est moi, c’est nous. Mais à la base c’est elle. Et moi ça, ça inspire ma plume. Parce que Caroline c’est -outre la plus grande- la plus chaleureuse de mes petites poules fétiches. Elle incarne la convivialité et la joie d’exister, et lui dédicacer ces quelques lignes, alors qu’elle est remplie de compliments et d’entrain envers son prochain, c’est tout sauf anodin.

Caroline et moi, ce sont les airs de bohème qu’on fredonne ensemble sur les bancs du lycée, le cœur fugace, les sens en émoi de nos seize ans, avec cheveux au vent et bolas d’arrière en avant.

Quelques années plus tard, ce sont nos retrouvailles à Marseille, où je m’octroie un passage éclair de quelques mois entre mes années à Aix et mon expatriation à Lyon. Et s’il y a bien une chose que l’on a en commun elle et moi, c’est notre admiration inconditionnelle pour la cité phocéenne. Caroline, elle, a la chance d’y vivre encore. Moi je triche un peu, car j’y suis née et n’y ai balbutié que jusqu’à mes cinq premières années. Ensuite c’était Fuveau, petit village au cadre propice pour bien grandir, avant de poursuivre sa puberté chez les aixois sophistiqués. Du coup Marseille et moi, c’est encore de l’ordre de l’inachevé. Comme un premier amour auquel on a envie de re goûter. Marseille et moi, c’est une envie de reviens-y qui n’attend plus que de connaître le quand. Marseille c’était avant et ça sera demain. Et en attendant, je ne suis pas là, et Marseille c’est loin.

Alors, quand je tombe sur les textes et photos évocatrices de ma copine Caro, je m’y engouffre et je me revigore. C’est qu’elle a l’œil affûté pour intercepter la générosité de la vie. Et elle le fait particulièrement bien quand elle frotte son objectif au bleu contagieux de la Méditerranée, de ses habitants ensoleillés et de leurs sourires décomplexés. Dès lors, je console ma nostalgie au fil de ses récits, je visualise et je m’imagine, je n’y vis plus, mais c’est comme si j’y étais encore un peu.

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De Marseille à Lyon, au début c’est pas évident.

Quand on sait son départ proche pour Lyon, qu’on tente de se préparer à côtoyer plus de lyonnais que de raison, on n’imagine pas le fardeau que l’on transporte avec nos intonations chantantes du sud et nos expressions singulières. Car c’est un fait, lorsqu’on lui indique que l’on vient de Marseille, le lyonnais devient blême, il a tantôt pitié, tantôt un élan de compassion, et il finit toujours par maudire. Retentit dès lors l’indétrônable et si prévisible refrain anti-phocéen : « Marseille c’est pas la France », « Marseille c’est sale », « Marseille c’est kalachnikov land » … Mais Marseille par son âme surplombe ces bassesses.

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Elle ne fait pas les choses à moitié, c’est vrai. Et sous son ciel bleu perçant, la vie demeure morose pour ses laissés pour compte. Envahie d’incivilités, elle se montre laxiste envers les actes isolés de ceux qui ne savent pas la mériter. Alors parfois, Marseille rend amer. Mais, comme un être de la famille, on lui passe tout, on la pardonne, car elle est a beaucoup plus à donner qu’on a à lui reprocher. Pour savoir l’apprécier, il faut lui ressembler, être quelqu’un d’entier. Alors, si tu lui laisses sa chance, ni une ni deux, Marseille t’éblouit et plus jamais tu ne l’oublies.

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Malgré ses préjugés, le lyonnais donne sa chance et ne campe pas (toujours) sur ses positions. Au début il n’est pas docile, lui adresser la parole, parfois, c’est oser affronter la peur de l’homicide. Mais tout compte fait, quand chacun décide d’y mettre du sien, « ma foi, le lyonnais, il est brave » et il peut même devenir ton copain.

A Lyon ils sont et il fait FROID, mais au bout d’un moment, ça va.

_MG_0687 copy_MG_0732 copy_MG_0631 copy_MG_6779 copy_MG_6307 copyTellement qu’au bout de trois ans, j’ai même réussi à me faire des amis (ce n’était pas faute d’en avoir trouvé, mais c’est qu’ils venaient d’ailleurs). Et quand tu te fais un ami lyonnais, c’est comme si tu étais enfin parvenu à la substantifique moelle, celle que tu n’avais pas de peine à imaginer mais que tu ne savais comment déceler. Tu l’avais pourtant effleuré et tellement apprécié, mais pas plus loin que dans l’assiette d’un chaleureux bouchon lyonnais. Du coup, aux premiers abords tu n’y crois pas, mais à force ça devient pourtant vrai : un jour j’ai eu mon premier ami lyonnais, et aujourd’hui, je partage même ma vie avec l’un d’entre eux. On se reprend en permanence sur la prononciation du ‘o’ de rose, jaune, gauche, et du ‘é’ de lait, projet, arrêt, mais mis à part ça, on vit en totale harmonie.

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Lyon au début c’était pour 2 ans… et bientôt ça fait 6.

Initialement, la vie à Lyon devait n’être qu’une parenthèse, deux années scolaires et sauve-qui-peut je rentre au bercail. Six ans après, je n’accepte toujours pas que mes proches du sud m’appellent « la lyonnaise », mais je parviens à en dire (beaucoup) de bien. Je reconnais que j’aurai peine à la quitter cette lyonnaise maniérée. Celle-là même qui dit « merci Marie » toutes les années, qui maintes et maintes fois m’a congelé les pieds, exaspéré par son permanent complexe d’infériorité (faudrait lui dire que c’est pas grave si Paris c’est plus grand, parque y vivre à la capitale, c’est plus chiant !).

_MG_0689copyLyon, je te châtie autant que je t’aime. Toi, ville des lumières aux rives colorées, où l’on flâne en vélo ou à pied, et où on sait que de toute part, notre regard sur toi saura s’émerveiller. Ville culture et de vie nocturne, tu es vivace et ravis tous tes noctambules.

Nombreux sont les lyonnais d’adoption qui s’y sentent comme à la maison. On s’y fait sa place, on y fait des rencontres et y crée des souvenirs, tellement qu’on rechignerait à l’idée d’en partir.

Finalement, vivre loin de ses racines, c’est d’une certaine manière s’en rapprocher. On prend la mesure de ce qu’elles comportent et on retient surtout le bon. On s’empresse d’ailleurs d’en retrouver tous les aspects dès qu’on rentre pour un moment.

Et à coté de ça, « être expatrié » c’est développer un sentiment de reconnaissance pour la ville qui nous adopte. Tous deux réunis, ces ressentis apportent un certain réconfort qui aide à mieux vivre l’éloignement de sa localité d’origine.

Me concernant, je sais qu’un jour ou l’autre je regagnerai le sud. Je retrouverai malgré moi mes fins de phrase à l’accent chantant.

Au revoir et à bientôt… Lyon, Marseille, Ma France.

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En attendant, je m’envole dans deux mois pour un long voyage autour du monde, vers des destinations dont seul le nom m’est familier. Loin de tout repère, je confierai avec fierté que je viens du sud de la France, et je prononcerai « Marseille » et sans doute son dérivé « Olympique de Marseille ». D’expérience, ça aide les interlocuteurs à situer. J’ajouterai que je vis par contre à Lyon, et ils auront sans doute plus de mal à localiser. Quoiqu’il en soit, je les convierai à venir me rendre visite dans l’une ou l’autre des localités. Mieux encore, dans les deux !

Et au final, lorsque j’aurai le mal du pays, ni l’une ni l’autre ne l’emportera. Les deux se confondront, tout comme la répartition des amis et de la famille que j’y possède ça ou là. C’est ma France qui me manquera, avec tout ce quelle abrite et symbolise. Avec tout ce que j’ai à lui reprocher, tout ce dont je l’accuse et tout ce pour quoi je l’adore, je la vénère, et j’en suis fière. Parce que la France c’est un peu comme les « Petites Poules », c’est vous, c’est moi, c’est nous, qu’on soit d’ici, de là, de Lyon, de Marseille ou de n’importe où. Qu’importe d’où l’on vienne, qu’importe où l’on aille, la France on la porte en nous et on l’emporte partout.

Camille Salanson

Pour illustrer cet article, j’ai choisi dans mes archives quelques photographies des deux villes, et Camille m’a fourni la seule photographie de Lyon avec un ciel bleu… je n’ai jamais eu la chance de le photographier en vrai 😉

Et vous, votre coeur balance de quel coté… plutôt les quais de Saône ou les bord de la Méditerranée ?

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