LA VILLA NOAILLES

Non, je ne vais pas vous la jouer critique d’art, mais oui, il y a deux semaines, je suis allée visiter pour la première fois (honte) la villa Noailles à Hyères. Il s’y tient depuis de nombreuses années le Festival International de la Photographie & de la Mode. ça fait envie, non ??!

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Personnellement, le festival ne sera qu’une excuse pour moi. Ce que je veux découvrir à TOUT prix c’est cette maison si « audacieuse » et avant gardiste (oui, il faut remettre les choses dans le contexte! et l’époque!)

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Grâce à l’une des professeurs qui a le plus marqué ma scolarité, je cite Mme Ghenassia, au sourire ravageur et aux anecdotes toujours passionnantes, j’ai étudié l’histoire de l’art au Lycée. Ses cours étaient pour moi un moment de délectation. Les diapos à l’ancienne défilaient dans la salle sombre le vendredi après midi, pour les deux dernières heures de la semaine. Elle savait nous intéresser, on ne s’assoupissait pas. De Goya à Picasso, de Giaccometti à Guimard, ils y passaient tous. L’architecture était au programme cette année là et c’est ainsi qu’elle commença à nous raconter l’histoire de Charles et Marie Laure de Noailles, ces riches personnages décalés des années vingt qui commandèrent à Robert Mallet Stevens une maison d’hiver (oui, on ne venait pas encore pour la plage à cette époque) sur les hauteurs de Hyères.  La maison devait être « intéressante à habiter ».

La mère de Charles lui avait offert le terrain. Le jeune couple, aux prémices du modernisme, souhaite un maison contemporaine, lumineuse, et surtout, sans fioritures. Nous sommes loin des bastides ostentatoires bourrées d’ornement. Du cubisme, de la simplicité, s’il vous plait. De l’hygiénisme!  C’est le tournant d’une époque. Mallet Stevens, contemporain de Le Corbusier, n’a encore rien construit… Charles sait ce qu’il veut, et n’en déroge pas. Il lui déclare, en découvrant ses premières esquisses, trop « architecturales » à son goût : « n’essayez pas de me séduire avec des formes, si la maison est fonctionnelle elle sera belle ». Il veut du soleil, des fenêtres dans toutes les pièces, de l’utile, de la stabilité. Ils travaillent longuement ensemble pour créer cette maison qui ne cessera, de 1925 à 1933, de s’agrandir. Le couple souhaitait avoir de l’espace pour pouvoir accueillir ses amis. Charles lui même créera de toute pièce le jardin botanique en contrebas de la maison, verdoyant et florissant, dédale sinueux de plantes méditerranéennes, glissant jusqu’au village.

Une maison, je crois, pour être « intéressante » et « belle » doit avant tout vivre. C’est ce pari que les Noailles ont réussi haut la main. Selon l’exposition permanente qui leur est consacrée et d’après ce que j’avais déjà entendu, ce couple faisait vibrer la villa ; amateurs d’art, de cinéma, de littérature, ils invitaient et finançaient artistes, écrivains, peintres, poètes ; tous défilaient et s’amusaient tels de joyeux lurons dans ce lieu propice à la détente, au sport et au bon vivre. Une piscine intérieure, au dessus de laquelle étaient suspendus trapèzes et autres arceaux, un squash, un gymnase, une terrasse bordée de transats… tout cela pour le sport et puis, une chambre d’extérieur avec une baie vitrée escamotable, une pièce conçue pour « créer des bouquets de fleurs », un salon de lecture… de quoi tromper l’ennui et se reposer en toute béatitude. Un lieu de création hors du commun et tellement en avance sur son temps qu’elle en devenaient une source d’inspiration étonnante. Sans oublier la vue époustouflante sur le village et les îles du Levant. Rien que ça.

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Autant vous dire qu’en l’étudiant, en tant que fille d’architecte, cette villa me passionnait terriblement. Je rêvais de la découvrir, pendant longtemps, puis, elle m’est sortie de la tête, jusqu’à il y a quelques semaines. Lorsque je vois défiler l’affiche du festival, je me dis que c’est l’occasion… !

Difficile d’y accéder en voiture, surtout quand on ne connait pas, nous nous garons donc en ville, un peu plus bas. Déjà, les ruelles nous séduisent.Nous connaissons bien le port d’Hyères mais avouons le, il ne fait pas rêver… le village est bien plus charmant. C’est la côte d’Azur, et ce bougainvillée géant nous le rappelle en chantant. Nous nous perdons dans ce dédale, uniquement guidés par notre instinct : de toute manière, nous savons qu’il faut grimper. Et le mot n’est pas léger, c’est raide! Nous passons l’inévitable Place Massilon emplie de terrasses ensoleillées (tellement qu’on a presque envie de déjà s’arrêter!). la Tour des Templiers, fière, face à la mer, nous invite à la frôler, puis nous montons encore… ah, enfin, une flèche, nous sommes sur le bon chemin. Un portillon tout droit sorti des films de Pagnol est grand ouvert, il nous ordonne d’entrer… Pas de doute, c’est le printemps. Mooooon dieu comme j’aime le printemps. Je voudrais être poète pour vous parler joliment de ce merveilleux et à la fois terrible sentiment : c’est beau car c’est insaisissable, c’est  impalpable parce que c’est beau. Mon coeur se tord et danse à la fois. Toutes ces fleurs, toutes ces odeurs, ces chemins au travers des plantes, cette jungle méditerranéenne. Un bijou de verdure. Je suis contemplative mais aussi tellement impatiente de voir les formes géométriques se dessiner devant moi. Elle est là. Cette pelouse, ouverte sur la vue par seulement quelques ouvertures. Je l’ai  vue tant de fois en photos, j’y suis cette fois ci, pour de bon. Et, finalement, je suis triste qu’il y ait du monde. Je voudrais tout ça pour moi. En fait, je veux fermer les yeux et voir, en 1930, déambuler Giacometti, Man Ray, Cocteau ou tout autre personnage atypique et fantaisiste, là, sous mon nez. Je veux que les pièces se remeublent du design que choisissaient avec application Charles et Marie Laure, je veux qu’ils m’invitent, moi aussi, à boire un verre sur la terrasse. Devant moi se tient la nouvelle jeunesse de la mode & de la photographie, et je suis trop nostalgique pour pouvoir l’apprécier. Je me concentre alors sur l’exposition qui leur est dédiée. Je déambule soigneusement dans chaque pièce, en essayant de comprendre l’espace, et je jongle dans mon esprit entre les photographies d’époque (Dieu merci elles existent) et mon imagination ; c’est elle qui doit combler les pièces manquantes sur ce puzzle cubique. Je découvre ces fenêtres de toit dans le salon rose, aux allures cubistes, le passe plat entre l’office & la salle à manger, la « chambre d’extérieur’, ou le jardin cubiste, tout en carrés et triangles, conçu & imaginé par Gabriel Guévrékian, mes yeux sont fous! Ce lieu était un réel terrain de jeux!

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Je fais ensuite le tour des expositions temporaires, découvre quelques artistes, puis en ignore d’autres. Paco Rabanne me fascine plus par la mise en scène de son exposition que par ses robes à paillettes ; au dessus de la fameuse piscine, vitrée au niveau du sol, sur laquelle a été posé un escalier de métal d’ou la visite s’articule : l’on doit monter, virevolter, puis redescendre. J’ai aimé aussi les robes déjantées en alu & les murs de tirages noirs et blancs de Poly Magoo, par William Klein, et bien sur, les installations touffues de Julien Colombier, un délice. J’adore ce dessin très graphique sur fond de noir, et les installations au sol.

Mes petites notes de douceur, que j’ai grandement appréciées : le travail paysagiste autour de la maison et, indéniablement, mon gros coup de coeur pour les bouquets épars, dans tous les recoins de la maison…

 

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Vous pouvez voir les expos temporaires jusqu’au 22 mai, le site du festival :
http://www.villanoailles-hyeres.com/fimph2016/

Pour en savoir plus sur ces mécènes fous…
http://www.telerama.fr/scenes/la-folie-d-hyeres-de-marie-laure-et-charles-de-noailles,114730.php

Le mystère du Château des Dés, tourné par Man Ray, à la Villa

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4 réflexions sur “LA VILLA NOAILLES

  1. Feraud Abigaël dit :

    J’ adore, tu as bien raison de faire découvrir ce lieu avec ton regard, tes émotions! Ta grand-mère Nicole avait l’habitude de consigner ses impressions de voyages (ainsi que leur déroulement précis) sur des carnets que l’ on retrouvera sans doute et en te lisant je n’ai pu m’ empêcher de penser à elle… Grosses bises émues et provençales!!

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  2. En Mode Bonheur dit :

    Super ton récit, vraiment passionné et personnel.
    J’aurai adoré ne vivre ne serait-ce qu’un instant de la vie des Noailles avec leurs réceptions qui avaient l’air des plus festives, artistiques, avant-gardistes.

    Tu as bien fait de profiter du festival, il confère vraiment à la Villa une ambiance particulière. On a dû s’y croiser d’ailleurs 🙂

    Julie

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